Cent quarante signes
Mardi 30 octobre
Rêve. Au milieu des voitures, sur une avenue toute en bosses et en creux, je cours après un cheval fou gagné à une tombola de bienfaisance.
Nuit après nuit, je sors de ma peau et ça ne change rien.
Rêver comme on ment, c’est-à-dire comme on respire.
Rêver en faisant semblant de dormir.
Depuis que je vis à l’heure d’hiver, je me mords les lèvres chaque fois que je prononce le mot mort.
Sur le fil de Twitter, l’annonce de la mort de Jacques Dupin, le 27 octobre.
Aujourd’hui, j’ai la bouche en sang.
Mardi 30 octobre
Rêve. C’est la guerre. Un policier verbalise un blindé stationné sur une place réservée aux transports de fonds.
Rêve. Au cours d’un dîner, Queneau raconte à Pivot comment, pour négocier des achats de droits, il se fait passer pour un clergyman.
D’un jour à l’autre, se réveiller en pleine nuit pour ne plus se rendormir.
Plus on se rapproche de la nuit éternelle, plus les nuits sont courtes.
Maintenant, je le sais, la jeunesse, ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Le pire vient après.
Roman. Dans son grenier, le vieillard passe ses journées à consulter des registres où sont consignés ses désirs.
En écrivant, je crois toujours tenir enfin la phrase attendue, mais je la perds aussitôt.
Au mieux, dans mes phrases, j’aurai laissé passé quelque chose de la stupeur à laquelle je dois tout. Sans elle, je ne serais vraiment rien.
14 h, RER pour Chaville où je vais rencontrer Peter Handke.
En avance, comme toujours, je mets tant de temps à me décider pour un café, qu’il n’est plus temps de m’y installer.
À côté de moi, au comptoir, une attachée de presse forme une débutante.