Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 175 sur 209

Pages du PDF

Cent quarante signes

Dimanche 13 janvier

Un nain est assis devant moi. Soudain, il se retourne et me demande s’il ne me gêne pas.

 

Dimanche 13 janvier

 

Rêve. Des rails recouverts de fleurs mènent à une ruine que je prends pour un dancing.

Rêve. J’avale des macarons deux par deux car le pâtissier en promet un gratuit pour cent achetés.

9 h, au marché dominical de Malakoff.

La marchande de légumes a consenti à quitter Quiberon pour tenir son « banc », comme elle dit.

Pour le moment, elle se roule, dehors, une cigarette et me sourit en me voyant passer.

Je me dis que c’est le moment ou jamais d’aller voir ce que propose la concurrence. En matière de sourire. Qui sait ?

Hélas, je n’en ai pas le temps. « Venez, me dit la marchande de légumes, je vais vous présenter mon mari. »

Je regarde à peine le malabar qui bombe le torse et m’entreprend sans préavis sur la pêche à la sardine au large de Quiberon.

J’ai Vivaldi dans mon iPod. Plus qu’à monter le son.

Quand vient mon tour, je demande une botte de carottes, en précisant que ma femme les préfère terreuses.

« Marié ?, interroge la marchande de légumes. Ce sont des choses qui arrivent. Ce n’est pas une raison pour faire cette tête-là. »

« Vous devriez me présenter votre épouse, quand vous reviendrez à Quiberon, nous irions ensemble à la thalasso. »

« Remarquez, je la plains. Ça ne doit pas être drôle tous les jours de vivre avec vous. Rien qu’à voir votre tête… »

Une cliente vient à mon secours : « Moi, je trouve que le mariage vous va bien. Vous êtes craquant, si j’ose dire, comme une scarole… »

Et elle fait un clin d’œil appuyé à la marchande de légumes.