Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 185 sur 209

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Cent quarante signes

Samedi 26 janvier

Rêve. Je suis un personnage nocturne, pris dans le faisceau des phares d’un romancier.

9 h, Malakoff. Je ne vais pas appeler lumière la grisaille de ce matin.

Le tremblement des flammèches des néons ne pénètre pas l’épaisseur de la grisaille.

Le rouge, le vert, l’orangé clignotent dans le vide, sans fierté.

Je sens battre le cœur de l’hiver.

Je sens le froid s’engouffrer dans la maison par tous les accès, grimper l’escalier, m’encercler au premier étage.

Le froid se joue de n’importe quel verrou.

 

Samedi 26 janvier

 

Rêve. J’ai été pris en flagrant délit de désarroi.

9 h, Malakoff. Le rêve du désarroi, la réalité de la tourmente.

Les jeunes filles envolées au montage et livrées à la nuit des chauve-souris.

Le jeune homme blond, qui s’est toujours tenu à distance, écarté de nous et de lui-même, abandonné à la musique.

La jeune femme au chien, à l’image d’un rêve inachevé, devenu cauchemar dans la réalité.

La marchande de légumes, recluse dans une maison, un foyer, dont la porte ne s’ouvre jamais.

S’effaçant, en vérité, dans ce qu’elle est : une marchande dans un marché.

La nouvelle opticienne, pour voir les choses comme elles sont, refusant de me voir et que je la voie.

À qui tendre la main, vers qui aller, ce 26 janvier à 9 h et des poussières ?

Je croyais voir dans mes personnages des étoiles qui brillent dans un ciel dégagé.

Ce ne sont que des rencontres de hasard disposées en un grand cercle qui peu à peu sur moi se resserre au point de m’étouffer.