Cent quarante signes
Vendredi 22 février
D’un jour à l’autre, ma vue baisse et se brouille.
D’un jour à l’autre, toutes les couleurs ont l’air de s’estomper.
D’un jour à l’autre, les lumières s’éteignent peu à peu.
D’un jour à l’autre, le moment viendra où plus rien ne brillera.
D’un jour à l’autre, je ne saurai plus comment lutter contre l’aveuglement dont la menace grandit.
Vendredi 22 février
Rêve. Mes tweets arrivent directement dans le pétrin du boulanger.
Rêve. Egarées dans l’hiver, des mouches de chaleur ont élu domicile dans ma bibliothèque.
Suite du rêve. Elles se posent obstinément, quoi que je fasse, sur les pages du livre que je suis en train de lire.
9 h, à la Divette de Malakoff. Un couple. La femme : « Économise ta salive, je connais ta vie. »
L’homme, plus tard : « Dans ce cas, je ne peux pas t’écouter, je peux parler, c’est tout. »
9 h 30, sentier du Tir. Jeune fille au téléphone : « Pas de soucis, ça marche. »
La même un peu plus loin : « Bon bon bon, absolument, absolument… Pas de soucis… Ça colle… »
9 h 45, square Larousse. Un homme sur son portable : « Pas la peine de me donner rendez-vous, je veux te voir, c’est tout ».
Le même, après un long silence : « Aller où et pour faire quoi ? »
10 h, Malakoff-Plateau de Vanves. Sur le quai, une femme au visage si ridé que j’ai l’impression qu’il est recouvert d’une toile d’araignée.