Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 66 sur 209

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Cent quarante signes

Mercredi 5 septembre

Agrandir le plus possible l’espace de la fureur. Surtout, ne jamais lésiner avec la fureur.

Courir vers l’avant, vers le cercle magique.

 

Mercredi 5 septembre

 

Rêve. Seul, dans une grande usine violemment éclairée, je suis affecté au triage des corbeaux.

Rêve. J’attends avec une vive impatience la réponse à une lettre envoyée sans nom et sans adresse de destinataire.

10 h, carrefour Vavin. Au volant d’une Smart, j’ai la tête plus haute qu’Isabelle Gallimard, croisée en Mini.

14 h, rue de Vaugirard. L’homme qui fait la manche : « S’il vous plaît, j’ai besoin de sous. »

16 h 30, rue Bonaparte. Elégante montrant une robe dans une vitrine : « Le mot n’est pas trop fort, c’est bouleversant. »

17 h, Radio. Je n’ai rien contre le collectif. Surtout quand personne n’interrompt la montée de l’ascenseur.

Radio. Casser les grilles. S’en prendre ainsi à l’ordre des choses. Accueillir le bouleversement avec infiltrations de fureur.

Surpris par la nuit disait un titre d’émission tombée, en hauts lieux, dans des oreilles de sourds.

L’écorce terrestre peut trembler, les ondes, de nos jours, gardent leur calme.

Aujourd’hui, sur Twitter, je vais de surprise en surprise dans les lieux communs.

Une fois encore, s’efforcer de donner un peu de vie aux lieux communs.

Et pourquoi pas une autre vie, en jetant le trouble dans le monde du sens commun.

Mais ce n’est pas gagné : tweets non diffusés sur le fil, connexions capricieuses. Parcimonie des miracles de la haute technologie.