Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 142 sur 209

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Cent quarante signes

Mardi 4 décembre

13 h, au bistrot. Le client à la serveuse : « Ce que vous avez au menu, j’en veux pas. »

La serveuse : « Alors, j’vous sers quoi ? » Le client : « C’que j’ai envie de manger. »

13 h 30, rue du Départ. On y revient toujours.

Radio. Je l’ai arpentée bien résolu à aller de surprise en surprise sans que rien d’autre ne me pousse à le faire.

La radio a été ma clef de sauvegarde.

Sauvage s’annonce dans sauvegarde. Attention.

Toujours la même fréquence. Parfois, elles parlent en même temps. Leurs voix sont indissociables.

Un bilan ?

Une vie passée à ne rien dire, de peur d’en dire trop ; à en dire trop, de peur de ne rien dire. Voilà.

18 h, Gaîté. Faire vite.

20 h, lecture à Malakoff entre deux sorties du chien, prétexte à voir des corps, à entendre des voix.

Le livre ouvert sous le visage, impression, en lisant, de souffler sur les lignes et de les éteindre une à une, comme des bougies.

 

Mardi 4 décembre

 

Rêve. Cette publicité dans le métro : « Une femme en plus sans déménager ».

Rêve. La calèche s’arrête devant ma porte. Elle porte l’inscription : « Aujourd’hui, c’est mieux qu’hier ».

Rêve. Tout en faisant sauter des crêpes, je dresse la liste des projets voués à l’échec qui sont finalement devenus des succès.

10 h. Mettre toute son énergie, le plus longtemps possible, à éviter de regarder par la fenêtre.

Surtout, pas de rechute. Au moins, pas tout de suite.