Cent quarante signes
Mardi 4 décembre
13 h, au bistrot. Le client à la serveuse : « Ce que vous avez au menu, j’en veux pas. »
La serveuse : « Alors, j’vous sers quoi ? » Le client : « C’que j’ai envie de manger. »
13 h 30, rue du Départ. On y revient toujours.
Radio. Je l’ai arpentée bien résolu à aller de surprise en surprise sans que rien d’autre ne me pousse à le faire.
La radio a été ma clef de sauvegarde.
Sauvage s’annonce dans sauvegarde. Attention.
Toujours la même fréquence. Parfois, elles parlent en même temps. Leurs voix sont indissociables.
Un bilan ?
Une vie passée à ne rien dire, de peur d’en dire trop ; à en dire trop, de peur de ne rien dire. Voilà.
18 h, Gaîté. Faire vite.
20 h, lecture à Malakoff entre deux sorties du chien, prétexte à voir des corps, à entendre des voix.
Le livre ouvert sous le visage, impression, en lisant, de souffler sur les lignes et de les éteindre une à une, comme des bougies.
Mardi 4 décembre
Rêve. Cette publicité dans le métro : « Une femme en plus sans déménager ».
Rêve. La calèche s’arrête devant ma porte. Elle porte l’inscription : « Aujourd’hui, c’est mieux qu’hier ».
Rêve. Tout en faisant sauter des crêpes, je dresse la liste des projets voués à l’échec qui sont finalement devenus des succès.
10 h. Mettre toute son énergie, le plus longtemps possible, à éviter de regarder par la fenêtre.
Surtout, pas de rechute. Au moins, pas tout de suite.