Cent quarante signes
Mardi 9 octobre
Quand la chance ne me sourit pas, je dérive vers les zones les plus obstinément noires.
Mardi 9 octobre
Rêve. Je vis dans la pénombre d’un studio, à peine éclairé par la lumière rouge rappelant que le micro reste constamment ouvert.
Rêve. J’aide une sorte de géant à mettre en marche une immense machine destinée à répandre la peur dans toute la contrée.
Roman. Je me suis endormi en prenant la résolution d’aller droit au but. Au réveil, il n’était déjà plus temps de penser à un but.
10 h 30, Malakoff, rue Ledru-Rollin. Quand le chien me promène, il n’aime pas que je m’arrête pour faire un tweet. Alors j’essaie de ne pas en abuser.
Je plonge plutôt dans le courant sans faire de manières. Il est certain que je m’appliquerais davantage s’il y avait un Nobel du tweet.
Ce serait même l’occasion ou jamais de mettre les grandes phrases dans les petites.
11 h 25, Plaisance. « Je fonds », dit-elle, en s’agrippant à son voisin de métro. Il ne fait pourtant pas si chaud que ça.
12 h 30, rue Bonaparte. Juste derrière moi, une femme croque une pomme à belles dents. Pas sûr d’aimer le son qui en résulte.
12 h 40, rue de Tournon. Une fois de plus, ma voisine de palier ne répond pas à mon salut. C’est chaque fois la même déception.
Quant à la dégradation de la convivialité urbaine, je précise. La voisine elle-même, au propre et au figuré, ne me dit vraiment rien.
Lorsque je m’adresse à des inconnus (cette voisine, par exemple), j’ai toujours l’impression de poser des mains glacées sur un dos brûlant.
23 h 05. Dans le métro, ce soir, mon bonheur est aussi grand que le changement à Montparnasse.
23 h 11, Gaîté. Ne donne pas la mesure de ma joie.
23 h 20, Malakoff. La pluie s’invite dans mon bonheur.