Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 2 sur 209

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Cent quarante signes

Avril

 

 

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Lundi 16 avril

 

Premier tweet pour une nouvelle scène.

Les cahiers, les carnets au feu et la poésie au milieu ?

La poésie dans un milieu de dispersion, peut-être, si les tweets ne sont pas trop des occasions perdues de se taire.

Ou bien, lorsqu’on ouvre les yeux ou tend l’oreille, lorsqu’on est une sorte d’innocent.

Quelqu’un jeté, comme ça, sur scène et qui n’a encore jamais rien vu, rien entendu. Jamais.

Un innocent, un ignorant – comme on voudra : les deux pourquoi pas, tout à la fois. Mais jeté là, pour la première fois, ce quelqu’un.

Et bien décidé à laisser parler les choses dans leur foisonnement, sans les agripper, sans les serrer avec les doigts, mais juste en les effleurant.

J’aurais dû écrire : en les caressant. Caresser est un projet plus juste, au moment où je me lance dans l’aventure.

 

Mardi 17 avril

 

Faire tenir la poésie sur le fil de Twitter, donc, comme n’importe quelle chose de ce monde qui surgit sous la main.

La poésie, ou bien, ou bien… J’ai toujours eu un peu de mal avec le mot. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais prétendre le contraire. N’empêche que.

Toujours active, la poésie – si le mot, ici, répond à l’appel –, ne serait-ce que dans la critique du langage ou dans la promesse d’agencements nouveaux.

Pour partir d’un bon pied, demander un coup de main à Jean Benoît et inscrire ses mots sur le seuil en lettres de feu : « Mort, la vie te guette. »

Ce sont précisément les mots que je voudrais faire résonner sur le fil d’alerte à partir de ce jour : « Mort, la vie te guette. »