Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 38 sur 209

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Cent quarante signes

Samedi 7 juillet

Est-ce parce qu’elle n’est pas tous les jours la même ? En longeant un mur, ce matin, je n’ai pas reconnu mon ombre.

Je marchais serré dans la foule en me demandant combien nous étions à avoir laissé filer nos passions.

Alors qu’un ami commentait la forme aristotélicienne de la pensée cartésienne, je me demandais comment j’allais lui rendre la politesse.

Après minuit, danser avec les filles du monde.

Dans le dancing, une vieille fille fait tapisserie, assise sur un trône de roi.

Programme des jours à venir. Lever les yeux dans la cour d’Honneur d’Avignon et ne s’intéresser qu’au théâtre des étoiles.

La tête pleine à craquer dans un monde vide.

Mais non, le monde est loin d’être vide, il est une maison hantée.

 

Samedi 7 juillet

 

Je me demande souvent ce que j’ai pu faire pour mériter tant d’amour.

Aimer, c’est choisir son témoin.

Bientôt, la jalousie aidant, le témoin-amoureux devient un guetteur.

Roman. Une histoire d’amour vécue par deux caméras de vidéo-surveillance braquées l’une sur l’autre.

En hachant une tête d’ail, je n’arrêtais pas de penser à toutes les bizarreries sexuelles.

Quand, sur un chemin de hasard, on rencontre quelqu’un à qui on confie ce qu’on n’a jamais dit à personne.

Parfois, dans les rencontres, il vaut mieux se couper les deux mains plutôt que d’en serrer une seule.

Je n’ai jamais compris pourquoi le ton des voix était à ce point transformé dès qu’un micro est ouvert.

Si je m’écoutais, j’enregistrerais tous les sons qu’il est possible d’entendre.