Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 166 sur 209

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Cent quarante signes

Janvier

 

 

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Mardi 1 janvier er

 

Rêve. Je demande à ma réalisatrice l’indicatif le plus triste possible. Elle ne me promet rien. « Rien n’est jamais assez triste », me dit-elle.

9 h, Malakoff. Dehors avant tout le monde. C’est mon jour. Le seul jour de l’année où il est permis d’embrasser quelqu’un sans risquer la prison pour viol.

Ce quelqu’un, pour moi, est quelqu’une.

À moi, la jeune femme au chien. Oui, si je la croise, promis juré, je n’en fais qu’une bouchée.

Justement, un chien sort. Ou plutôt, un chien sort sa maîtresse, celle que je ne nommerai pas pour l’avoir déjà trop nommée.

Je lui montre que je voudrais lui parler. Elle ne me regarde pas. Juste lui souhaiter une bonne année. Elle ne m’écoute pas.

Une grande bouche rouge lui tient lieu de visage.

D’un jour à l’autre, se rendre à l’évidence qu’il y a de moins en moins de personnes à qui souhaiter une bonne année.

D’un jour à l’autre, s’estimer heureux de pouvoir une nouvelle fois passer d’une année à l’autre.

D’un jour à l’autre, ne plus pouvoir se dire que tout va continuer comme avant.

D’un jour à l’autre, constater que tout est de plus en plus serré.

D’un jour à l’autre, se demander si on pourra longtemps encore garder le rythme.

 

Mercredi 2 janvier

 

Rêve. J’arrive au studio très en avance. Mon invité, un poète de Macao, est déjà là. Il ne lève pas les yeux de son journal pour me saluer.