Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 11 sur 209

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Cent quarante signes

Mardi 15 mai

À Saint-Sulpice, les enterrements se succèdent ce matin comme les mariages, le samedi, à la mairie juste en face. Mieux vaut être du bon côté.

Je me demande de quoi se souviennent ces mots écrits il y a longtemps, retrouvés ce matin par hasard et que je n’arrive pas à sauver de l’oubli.

Tous ces mots dans l’attente d’un virage ou d’un regain, comme ces légumes dits « oubliés », redécouverts aujourd’hui.

Virage du Sénat contagieux ? Rue de Tournon, l’épicier japonais et son voisin maroquinier ont également passé l’arme à gauche.

Je n’aime pas être frôlé dans la rue par des gens à la voix désagréable. Enfin, par des femmes, ça va encore.

Je m’étonne toujours qu’on s’étonne si peu de la violence qui nous tient lieu d’air du temps.

Quand j’arrêterai la radio, j’essaierai de tenir une boutique d’articles de luxe qui n’ouvrirait que le lundi, de 18 h à 19 h.

L’art des sons, pour ne pas être captif de tout ce ramdam.

 

Mardi 15 mai

 

Rêve. Pas moyen de me rappeler quand je dois rentrer. Aucune date n’est imprimée sur mon billet de retour.

À cet instant, dans la foule du métro, quelqu’un meurt peut-être de chagrin.

Le monde, c’est dedans ou dehors ?

Essayez de vous souvenir de ce que vous faisiez il y a un an, il y a dix ans, il y a cent ans… Rendez-vous dans mille ans.

Noms de boutiques avenue Jean-Jaurès à Paris : « C’est tout vu » et « Dites-moi tout ».

Quand j’arrêterai la radio, j’essaierai de devenir lecteur de manuscrits impubliables.

Si le ciel reste plombé à ce point, comment voulez-vous que les astres aient la moindre influence sur notre destinée ?

Roman. D’où venait-elle ? Elle hésitait encore à en dire trop ou pas assez.