Cent quarante signes
Lundi 24 septembre
Rêve. J’enfonce la porte d’un salon de beauté et annonce à toutes les femmes endormies que je suis désormais le seul responsable de leur vie.
Se lever aux aurores pour aller au devant du matin.
Depuis que le chien s’est révélé végétarien, je le promène sans muselière.
9 h 45, gare Montparnasse. « À vous de jouer », lit-on sur un piano installé dans le hall. Et une jeune fille joue, en effet, dans l’indifférence générale.
17 h, TGV de retour. Une petite fille à son père assoupi : « Tu t’es déjà endormi sur des malades ? »
17 h 30. Jeune homme au regard vide : « Elle m’a juste dit de venir le plus vite possible ; surtout, de ne pas tarder. »
18 h 30. Au bar du TGV, à son compagnon de confidences : « Je ne sais pas encore quel mensonge je vais pouvoir inventer… »
18 h 45, fin de voyage. Se réjouir du temps passé à voir défiler des champs aux couleurs médiocres.
Même quand personne ne sait que je suis parti, j’espère toujours que quelqu’un m’attendra à mon arrivée.
Et si j’appelais Paul Claudel ce que j’appelle en vain ?
Tristesse et peine. Peur. Surtout la peur. Tristesse. Peine. Peur. De ligne en ligne, ce qu’on ne fixe pas.
De ligne en ligne pour, chaque jour de la vie, s’y risquer, bien que l’impossibilité soit un secret de Polichinelle.
Le tranchant d’une pelle dans le clair de lune.
Les dés jetés dans la nuit violette.
Lundi 24 septembre
Rêve. Un ours sème la terreur. Je le capture. Il tient dans une boîte d’allumettes. Ce sont ses mots qui tuent.
11 h. Vaneau. Elle met sa main devant sa bouche et parle en vietnamien. Je devine qu’elle donne rendez-vous devant l’aquarium de la porte Dorée.