Cent quarante signes
Juin
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Vendredi 1 juin er
10 h, rue de Vaugirard. J’imagine Manet et Cézanne se donnant rendez-vous au « Renoir » avant une visite au musée du Luxembourg.
18 h 30. Métro. Chaleur. Les livres remplacés par des bouteilles d’eau. Pendant ce temps-là, les dieux ont soif.
Tous ces spectacles, ces livres sans dessein, sans rythme.
Tous ces spectacles, ces livres où l’on ne rencontre rien ni personne.
Tous ces spectacles, ces livres qui ne nous ouvrent pas à nous-mêmes, mais aux pantins que nous sommes.
Samedi 2 juin
Rêve. Un homme : « Je dîne tôt pour me coucher tôt. Je suis vieux et blanc, vous voyez. Alors, laissez moi ! »
Hâte de me lever pour retrouver ma langue et mettre fin au chaos.
J’ignore ce que je vais dire, mais il y a toujours dans la langue des brèches, des jours par où se faufiler.
Ce n’est pas encore le plein, mais ce n’est pas tout à fait rien, le vide, quand on sort du chaos.
Même s’il me reste en travers de la gorge, je vais régler son compte au chaos pour ne pas voir baisser ma cote d’amour.
Mon horoscope me donne une semaine pour triompher des obstacles de la vie.
Je tiens le bon bout : plus que quelques raccords, un ou deux écrous à desserrer, et j’aurai les pieds sur terre.
18 h, rue Balzac. Premier cours d’haltérophilie. La prof est une femme de trente ans, mais qui a encore toute sa tête.
20 h. Un ami pas vu depuis très longtemps. En lui serrant la main, j’ai senti les os.