Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 6 sur 209

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Cent quarante signes

Jeudi 3 mai

 

Les oreilles : ces antennes du dehors qui font bouger le dedans.

Impossible, parfois le jeudi, de venir à la radio sans penser que lorsque j’ouvrirai la porte du studio, je serai happé par le sourire de Michel Cournot.

Au micro, il pointait du doigt le livre de Thomas Bernhard qu’il avait en le lisant littéralement déchiqueté.

Et il en parlait avec une telle intensité qu’elle s’accompagnait du tremblement de sa lèvre inférieure.

Émouvante présence de Michel Cournot, ces temps-ci, à la lecture de cet inédit, De livre en livre, qui restitue sa voix en réveillant le désir de son écoute.

 

Vendredi 4 mai

 

Si ému, à la lecture de certains tweets, par la fureur de vivre qu’ils témoignent.

Je pense à ceux qui surgissent sous les doigts de toutes jeunes femmes, comme Moustache de souris ou Paloma Vstein.

Le temps de l’époque nous colle à la peau à la façon de bandelettes. Faut-il les extirper pour écrire, c’est-à-dire pour essayer de respirer un peu ?

12 h 45, rue de Vaugirard. Sur le pas de la porte, le bouledogue de l’opticien ne me cache pas son affection comme si nous étions de vieux amis.

 

Samedi 5 mai

 

Rêve. Pour échapper à une catastrophe, j’entre dans un souterrain rempli de livres.

La question de Villon « Qui me fit mâcher ces groseilles ? » n’a pas de date de péremption.