Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 122 sur 209

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Cent quarante signes

Mercredi 14 novembre

Radio. User de tous les stratagèmes de séduction dont dispose l’intervieweur aguerri pour ne recueillir, en fin de compte, que des paroles creuses.

Nous passons notre temps à fouiller dans ces paroles creuses à la recherche de soupçons de vie.

Les soupçons peuvent-ils devenir les pièces d’un puzzle ?

Au micro, je suis comme un acteur qui s’égosille à en perdre l’âme devant une salle pleine où personne ne lui demande rien.

Au micro, plus souvent encore, je suis comme un acteur qui s’égosille à en perdre l’âme devant une salle vide.

« Au micro » pourrait probablement être remplacé par « en écrivant mes livres » sans que soit dénaturé ce que j’ai voulu dire.

21 h 30, Gaîté. Faire vite.

 

Mercredi 14 novembre

 

Rêve. La jeune fille nue parmi les soldats en tenue de camouflage. Pas de gestes ou de mots déplacés. « Elle ne nous est pas destinée », disent-ils.

Prenez garde, les lèvres sont brûlantes après trop de baisers.

Le pire, tout de même, ce sont les lèvres bleues.

À tout prendre, la compagnie des jeunes filles est le meilleur des bâtons de vieillesse.

16 h 30, Gaîté. À vous de voir.

16 h 40, rue de l’Ouest. À la sortie des écoles, les mères ne sont plus ce qu’elles étaient.

Impression, dès que vous dévisagez quelqu’un, une mère par exemple, d’être l’éléphant dans le magasin de porcelaine.

L’intrus sème la panique chez les mères beaucoup moins pour elles, d’ailleurs, que pour leurs enfants.

Elles leur reprennent la main, quand l’inconnu bizarre marche sur le même trottoir, juste là-derrière.