Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 101 sur 209

Pages du PDF

Cent quarante signes

Samedi 20 octobre

Au moins, en enfer, il y a des flammes, à ce qu’on raconte, des foyers de lumière et de chaleur. C’est mieux que rien.

Car rue de Lappe, rien. Le feu ne prenait pas. Pas question. Quoi qu’on fasse.

Les tableaux avaient l’air de pendus sur les murs du froid. Ils élevaient une barrière de silence. Point.

D’avance, de toute façon, ils opposaient au regard une fin de non-recevoir, c’était clair.

Pas une cimaise, 20 ans après, qui ne fasse monter le sang à ma tête.

Des peintures sur un mur et revoilà l’apathie, qui, au long de ces mauvais jours, m’a tenaillé et privé de tout élan.

Sauf pour écrire Violante, le roman de mon désarroi.

Avec l’âge, on devient collectionneur de points de non-retour. Il n’est même pas nécessaire de les chercher. Il suffit de se baisser pour les ramasser.

Enfant, je collectionnais les phrases blessantes sans toujours comprendre ce qu’elles voulaient dire.

Généralement, à l’écoute d’une phrase, j’estimais qu’il y avait une chance sur deux qu’elle puisse entrer dans ma collection.

Pas assez de deux mains pour empêcher que s’éteignent les étincelles dans le trou noir de ma mémoire.

 

Samedi 20 octobre

 

Rêve. Dans le journal, une nouvelle rubrique annonce les disparitions attendues dans un avenir proche.

Rêve. Notre jardin est traversé jour et nuit par des chars que tentent de camoufler des guirlandes d’ampoules colorées.