Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 33 sur 209

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Cent quarante signes

Vendredi 29 juin

Quand plus personne ne m’adressera la parole, je continuerai à faire le métier d’intervieweur.

Que la radio s’oublie, je ne l’entends pas de cette oreille.

21 h 20. Bientôt la nuit. Je passe mon temps à scruter l’ombre de ce qui se prépare.

J’attends impatiemment l’extinction des feux, le noir complet, pour essayer d’écrire.

On frappe à ma porte. J’ouvre. Un homme me remet un paquet. Probablement des livres. Surprise : c’est une hache qui est enveloppée dedans.

 

Vendredi 29 juin

 

Rêve. J’avais une heure devant moi : je me suis laissé enfermer dans un livre. Mais je vais ensuite de page en page sans trouver la sortie.

Le matin, je guette le facteur comme si j’attendais une lettre.

Toute la journée, je ne m’éloigne pas de mon téléphone comme si j’attendais un appel.

En lisant, surtout ne pas se laisser transporter ailleurs. Si, dans une lecture, on n’est pas ici, c’est qu’on n’est nulle part.

Quand on prend ce qu’on est en train de lire vraiment à cœur, on ne peut pas compter les minutes, les heures…

Souvent, piètres lecteurs, nous parcourons le livre comme si nous avions les mains liées derrière le dos.

Dans ce que je lis se croisent les fils de pensées qui me sont étrangères, mais que je laisse entrer en moi pour me reposer de ma vie.

C’est tout de même au plus grand des hasards que nous devons notre visage.

Je pense à André du Bouchet. Au hasard qui m’a fait rencontrer, au moment voulu, celui que j’attendais.

Sans croire une seconde qu’un jour je lui serrerais la main dans la « réalité ».