Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 3 sur 209

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Cent quarante signes

Mercredi 18 avril

 

Pour essayer de prendre pied sur le fil, je parle à partir de la nuit, pour ne pas dire de la sombre nuit. De cette nuit qu’on appelle l’amour.

Je fais mienne cette profession de foi de Victor Hugo : « J’appartiens sans retour à cette sombre nuit qu’on appelle l’amour. »

Le calcul est simple : un peu plus d’imaginaire pour un peu plus de vérité.

J’avance à pas de loup dans cette sombre nuit qu’on appelle l’amour.

Mes pas sont des tweets minuscules, je le sais, mais il n’y aura pas de petits rôles sur le théâtre dont le rideau vient de se lever.

 

Vendredi 20 avril

 

Le 1 septembre 1904, Joyce avait reçu 13 lettres de Nora. Le 20 avril er

2012, j’ai 16 abonnés à Tweeter. Tous les espoirs me sont permis.

 

Jeudi 26 avril

 

Je nage depuis longtemps. Il est grand temps de m’en retourner. Mais aussi loin que je nage, il n’y a plus de rivage.

Tel est mon rêve.

Et si mes rêves entraient eux aussi dans le cadre des 140 signes ?

11 h 15, rue Edouard-Jacques. Devant la boutique « Délices du pays », un corbeau becquette un oisillon tombé du nid. Pas de raison de bouder son plaisir quand la chair est fraîche.

 

Vendredi 27 avril

 

Mon dernier tweet n’est pas parti. Sans doute le Jugement de Dieu.

Roman. Le mariage ne se fera pas. Chez elle, tout est sale et déglingué.

Pas un roman-fleuve, c’est le moins qu’on puisse dire.