Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 162 sur 209

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Cent quarante signes

Mardi 25 décembre

Pas de bonne étoile, donc, pour la danseuse frigorifiée de ce 24 décembre.

Tous ceux qui ne lui avaient jamais adressé la parole n’entendirent plus jamais parler d’elle.

 

Mardi 25 décembre

 

Rêve. Pris par ma lecture, j’ai oublié que je conduisais la voiture.

Rêve. Si le temps le permet, le bateau qui doit m’emmener loin d’ici s’arrêtera sous les arcades de la rue de Rivoli.

Prendre la route au lever du jour et ne plus rien savoir du jour.

Mais je n’ai pas le cœur à abandonner mes personnages.

Si seulement je pouvais les mettre dans le coffre de la voiture et me déplacer avec eux comme un marionnettiste…

Quand clignotent les guirlandes lumineuses qui décorent le sapin, nous sommes dans une nuit de juin pleine de lucioles.

Ceux qui ont toujours l’air en furie, même les bras chargés de cadeaux.

Conte de Noël. Pas un cadeau au pied du sapin. Mais l’un et l’autre, les deux amoureux, se disent en même temps : « Je te donne mon amour. »

 

Mercredi 26 décembre

 

Rêve. Un texte de 18 pages à envoyer sur-le-champ. Mon embarras vient d’une note en bas de page de 80 pages, qui ne trouve pas sa place.

Choix de partir, finalement, à Loix-en-Ré. De brûler, le regard tendu vers la mer, les derniers jours de l’année.

Je me donne néanmoins le beau rôle en faisant passer l’abandon cruel de mes personnages pour une forme de délicatesse.

Je leur laisserais quartier libre, en somme. À charge pour eux de me raconter à mon retour ce qui les aura étoffés.

10 h, Loix-en-Ré. Je crois rêver : tout recommence. En ouvrant ma porte ce matin, je tombe sur une promeneuse et son chien.