Cent quarante signes
Lundi 17 décembre
« Un œuf de coq », répond la crémière après un temps de réflexion.
Le poissonnier enveloppe un poulpe visqueux dans un papier et demande à la cliente : « Je vous mets un petit sac ou ça va aller ? »
Surtout, même quand il se fait tard et qu’on ne voit pas grand-chose, ne pas renoncer aux visages.
Lundi 17 décembre
Rêve. Un chien d’avalanche me repère sous des éboulis, mais fait comme s’il ne me voyait pas, par vengeance personnelle.
Rêve. Au studio, mes invités se succèdent. Une fois devant le micro, chacun dit la même chose avec les mêmes mots.
Lettre au père Noël. Compliments d’usage et, en pièce jointe, liste de tout ce qui manque en ce monde.
9 h, Malakoff. Rires et chansons à l’arrêt du 191. Les jeunes filles affichent un sentiment de bonheur qu’elles n’éprouvent peut-être pas.
Au milieu de leur exubérance, un jeune homme surgit comme un coup de gomme.
Plus un chant, plus un rire, plus un mot, dès son apparition. La rue plongée dans le noir.
À brûle-pourpoint, l’arrêt Victor-Hugo privé de ses couleurs et de ses lumières ; et les jeunes filles, de leur voix.
Tout personnage de sexe masculin a vocation à créer de la confusion.
Mais toutes ces femmes, aussi, qui circulent dans les rues sans même voir le couteau qu’elles ont dans la main.
10 h 30, rue Laforest. J’ai beau arpenter la rue depuis un moment déjà, pas trace de la bénévole de la météo ce matin.
La poubelle n’est pas sortie.
Pas de nouvelles, ce ne sont pas forcément des bonnes nouvelles.
10 h 45, Gaîté. À ne pas lire sans lunettes noires.
11 h. Promenade au cimetière Montparnasse pour me changer les idées.