Cent quarante signes
Jeudi 14 juin
En effleurant le clavier du matin au soir je ne sais pas au juste si j’essaie de m’extraire de la réalité ou de m’y plonger.
Jeudi 14 juin
Je me demande comment font les gens qui n’ont que la vie pour vivre. Je veux dire : la vie sans le poème.
Le poème : ce qui nous arrache à la langue, qui a juré notre perte.
Le poème : ce que nous offre la vie quand nous touchons le fond de la langue et remontons au grand air.
Dialogue. « C’est quoi, ce que vous écrivez ? » « Ne me jugez pas trop vite, j’écris des poèmes. »
Parfois, c’est même un aveu qui coûte, qui demande de l’audace. Peut-être du courage.
On ne peut se risquer à un tel aveu, de nos beaux jours, que dans les intermittences de la lassitude.
Au mot « poème », les regards se détournent. Passons à autre chose.
Poème… À l’époque de Twitter…
Vendredi 15 juin
Si je pouvais renverser le sablier, jouer un bon tour au temps et repartir d’où je ne suis pas venu…
12 h 30, rue de Buci. Un chien marche sur trois pattes. Il ne cesse de marcher en clopinant, peut-être, pour ne plus y penser.
En rentrant, j’ai voulu écouter la radio. Pas de chance, le néant avait carte blanche.
Si on ne peut pas puiser un peu de vitalité dans ce qu’on entend, mieux vaut écouter la pluie tomber.
Radio, encore. Souvent amené à lécher le vide sans consistance comme un animal sa plaie.