Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 48 sur 209

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Cent quarante signes

Vendredi 27 juillet

 

Le bleu de l’estuaire, je ne vous dis pas.

C’est toujours à deux pas et on n’y arrive jamais.

22 h 20, Avignon. Ce vieil homme au cloître des Carmes portant un tee-shirt au dos duquel est écrit : QUAND LA NUIT TOMBE.

Minuit. À Villeneuve, la lumière de la lune au-dessus de la chartreuse dessine un voile sur la tête de l’amoureuse.

 

Samedi 28 juillet

 

Avec la crise, 140 signes, c’est trop. Il faudrait revoir la règle à la baisse.

Ne plus aimer que celles et ceux qui vous aiment plus que votre mère.

Ne plus écouter que ce qui précède la parole.

Pas trop impatient de devenir le petit nouveau dans la bande des septuagénaires.

Et dire qu’après avoir publié une vingtaine de livres, je n’ai même pas été fichu d’entrer à l’Académie française.

Et dire qu’après deux années d’enseignement, je n’ai même pas été fichu d’obtenir les palmes académiques.

Roman. Ils se sont séparés parce qu’elle exigeait de lui une chose impossible à dire. À faire, n’en parlons même pas.

Quand je quitterai la radio, j’essaierai d’agrandir le paradis.

 

Dimanche 29 juillet

 

Cette fois, le festival d’Avignon touche vraiment à sa fin. Tout doit disparaître. L’acteur lance sa voix contre le mur.

Dans la cour d’Honneur, plus que des paroles mourantes qui vont rejoindre celles des papes dont la vie est impossible à raconter.

Après trois semaines d’Avignon, furieux désir d’entrer dans le vif. Mais lequel ?