Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 60 sur 209

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Cent quarante signes

Mercredi 29 août

Le bon vieux temps, c’est avant qu’on devienne vieux.

Ceux qui, vieillissant, sont persuadés que les plus jeunes sont en train de leur voler leur vie – et inversement.

19 h. À la projection de Gebo et l’ombre de Manoel de Oliveira, nous étions tous des vieillards, bouche bée devant l’éclat de la jeunesse du cinéaste centenaire.

Je pense à un autre centenaire, Maurice Nadeau, consultant son agenda au restaurant pour se remémorer les rendez-vous du jour.

Ce qui me rassure, quand je vais dans le monde, c’est que je rencontre des gens aussi misérables que moi.

L’acteur du muet fait exception : il brûle les planches à force d’avoir le feu sacré.

Le chien est le roi du monde lorsqu’il court après une pierre.

Rentrer, c’est aussi se réhabituer à voir jeter sur les plaies plus de vinaigre qu’il n’en faut.

Quand il n’y a plus de vinaigre, on peut encore mettre de l’huile sur le feu.

Quand j’arrêterai la radio, j’essaierai de démonter les mécanismes de l’effroi.

 

Mercredi 29 août

 

Rêve. Voyage d’hiver, roman de 600 pages en grande partie détruit par Louis-René des Forêts après cinq années d’écriture, venait de sortir en librairie.

Ce n’est pas le moment de rêver quand on entend les hurlements des livres qui ne font pas de bruit.

Les piles auxquelles on n’ose pas toucher, car elles menacent de s’effondrer.

Tous ces livres, mine de rien…

D’un livre, j’attends…