Cent quarante signes
Lundi 7 janvier
Les commerçants pensent peut-être qu’il nous faudra du temps pour retrouver l’appétit.
La marchande de légumes ne s’est pas déplacée ; elle doit couler des jours heureux, à Quiberon, rue des Sardiniers.
Siffler de bonnes bouteilles, comme elle me l’a dit un jour.
Le vague à l’âme du charcutier. Pas de ces plaisanteries de sa spécialité, dont on se demande si c’est du lard ou du cochon.
« C’est la débâcle, ironise le boucher peu amène, il ne manque plus que le Déluge ! »
La crémière ne décolère pas : « Ces gens qui veulent le beurre, l’argent du beurre et essaient de manger le beurre de votre tartine… »
Sophie Calle, elle, est venue, mais n’est pas à prendre avec des pincettes. Elle ne trouve pas ce qu’elle cherche.
C’est pourtant simple : des pommes de terre au nom oublié, résultant d’un croisement entre deux tubéreuses sauvages.
Lundi 7 janvier
Réveil en sursaut en pleine nuit : il y avait six millions de morts dans la maison.
Mardi 8 janvier
Rêve. C’est la guerre.
Rêve. À cause de la guerre, les parents se demandent s’ils ne vont pas devoir noyer leurs enfants comme des portées de chats.
9 h, Malakoff. Ouvrir la fenêtre pour faire entrer la fraîcheur du jeune âge.
Les jeunes filles sont revenues et s’ébrouent dans le froid. Rires et danses sont au programme. De mon côté, rien qu’un vieux sage : voilà comme je me vois.