Cent quarante signes
Dimanche 6 janvier
On n’allait pas chercher des défauts dans la transparence, la petite bête qui blesse l’honneur. Une flétrissure qui irait toujours en augmentant.
Je me souviens qu’enfant, j’étais la risée de la classe, car j’avais des taches de rousseur. J’avais « regardé le soleil avec une passoire ».
Plus tard, en fait, c’est la vérité que j’ai regardée avec une passoire. Cette vérité tendue par des mains maternelles.
Oui, « maternelles », dans tous les sens du mot, y compris le meilleur.
Il en est résulté des taches d’un autre ordre, que mes filles essaient aujourd’hui, tant bien que mal, de découvrir et d’effacer.
Je ne peux y penser ces jours-ci que les larmes aux yeux et avec une espèce de chat dans la gorge qui me laisse sans voix.
Entortillé dans le fil d’alerte. L’étau d’une angoisse qui ne s’est jamais desserré.
Dimanche 6 janvier
Rêve. Le directeur du cirque sert un chili con carne aux spectateurs pour qu’ils aient la patience d’attendre que le torrent grossisse.
On a dansé toute la soirée, les lèvres brûlantes, et à présent, on veut faire disparaître le dehors.
On entre avec celle qu’on aime dans une chambre inconnue. Le premier hôtel venu. N’importe lequel. Il y a urgence.
On s’embrasse encore, on se débarrasse de tout ce qui n’est pas vraiment nous, ça va vite, de plus en plus vite.
Les quatre bras, les quatre mains ne chôment pas.
Voilà, c’est une première nuit avec celle qu’on aime. Une première nuit avec celui qu’on aime. Et c’est la même nuit.
C’est notre nuit, c’est notre jour.
En un rien de temps, la chambre du deux étoiles devient la chambre des merveilles.
10 h, Malakoff. Après les fêtes, le marché a l’air d’un village enseveli sous la neige.