Cent quarante signes
Jeudi 30 août
J’attends, oui, à première vue, comme ça, densité de langue, intensité, dimension de mystère ou plutôt secret bien gardé.
Secret à forcer, à partir de votre propre secret, si le cœur vous en dit.
L’exigence, la rigueur font évidemment partie du jeu : j’emprunte une fois de plus le mot à Michel Leiris.
Enfin, pour dire les choses comme elles sont, sans craindre de passer pour l’idiot du village, je reste attaché à la vérité.
Je veux parler du mouvement de l’écriture vers une vérité forcément fuyante, peut-être illusoire, toujours éphémère.
Jamais gagnée, en tout cas, jamais acquise, là-devant, peut-être, à moins que. On ne sait jamais où elle se trouve, ni même de quel côté.
Si je pouvais passer du noir et blanc à la couleur, je ne m’en étranglerais pas comme l’acteur du muet…
10 h. Pas un papillon rue de Vaugirard. Tout se passe comme si, sous ces latitudes, ils tombaient aussitôt en poussière.
10 h 30, dans le 58. Elle parle avec les gestes, le ton d’une conteuse qui a du métier. Il bâille, regarde sa montre, ébauche de vagues sourires.
Qu’est-ce qu’elles veulent me dire toutes ces phrases croisées en chemin ?
Faire quelque chose de ses mains. Par exemple, écrire.
Jeudi 30 août
10 h 30, rue Didot. L’hôpital Broussais n’est plus qu’un chantier, mais les boutiques de pompes funèbres restent ouvertes pendant les travaux.
11 h. Chaque fois que je passe rue Furtado-Heine, où il a vécu, je pense à Dominique Laporte, auteur, entre autres livres, d’une Histoire de la merde.
11 h 15, rue de l’Abbé-Carton, il est défendu de déposer des ordures. Le dernier éditeur de Richard Millet est moins regardant.
11 h 30, rue Georges-Lafenestre. Un homme éternue bruyamment. Je change de trottoir en prévision d’une réplique.