Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 36 sur 209

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Cent quarante signes

Mardi 3 juillet

Juillet. Longer des fronts de mer, escalader des montagnes, traverser les mers, visiter les musées… Ça commence.

La mystérieuse évidence qui rapproche parfois deux inconnus.

L’enfer, c’est, après sa mort, n’avoir toujours pas à se soucier de rien.

Roman. La nuit tombe et il est encore, en pensée, devant son risotto milanais. Si tout va bien, il lui proposera ensuite un dernier café.

21 h 30. Une soirée, gare de Lyon, à observer la course folle des gens sur le point de rater leur train.

Radio. Si on continue de me tirer des coups de fusil près des oreilles, je vais finir par devenir sourd.

Quand j’arrêterai la radio, j’essaierai d’aller à tous les dîners mondains, une élégante à mon bras, pour vérifier les connexions.

 

Mardi 3 juillet

 

Hier, j’ai vécu aujourd’hui comme si c’était demain.

Demain est toujours bien plus loin qu’hier quand on l’attend.

10 h, Malakoff. Je n’y mettrai pas ma main au feu, mais il m’a semblé que la jeune femme que je croisais m’esquissait un sourire.

Souriez, vous êtes filmé ; taisez-vous, vous êtes enregistré.

15 h, boulevard Gabriel-Péri. Scène de ménage au téléphone. Sortie de sa voiture, la jeune femme secoue son portable comme un prunier.

Avant le « rouge », l’intervieweur présume souvent de ses forces. Celui qui va à l’abattoir n’est pas toujours celui qu’on croit.

Sa propension à faire toujours comme s’il reprenait l’avantage, alors qu’il ne fait que battre en retraite.

Dès que le rideau est tombé, il rejoue la scène et les choses ne se passent jamais comme la première fois.

L’amour met le réel à distance comme s’il y avait une immunité amoureuse.