Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 118 sur 209

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Cent quarante signes

Samedi 10 novembre

15 h, République. « Cette nuit, je peux dormir chez toi ? » demande l’enfant à son copain.

15 h 05, Bonne-Nouvelle. Ça change de Gaîté.

15 h 20, Gaîté. « Bon courage pour la suite », s’écrie une dame en sortant du métro.

Après des années de bataille avec le matériau, mettre un point final, c’est comme vendre la maison où vous êtes né.

À quelles extrémités peut mener le fil de l’écriture : fil du couteau serait peut-être mieux dire.

Quand j’arrêterai la radio, j’essaierai de faire entrer le monde dans le disque dur de mon ordinateur pour tenter de le sauvegarder.

 

Samedi 10 novembre

 

Rêve. Le départ du train est annoncé, mais il fait si sombre dans cette forêt que je ne le vois pas.

Rêve. À la radio, Michel Butor révèle qu’il n’est pas l’auteur du livre Le Baladeur dont je l’ai invité à venir parler.

Rêve. Dans le studio, mon interlocuteur est en train de parler. Je vois l’éclat de ses dents, mais ne distingue aucune de ses paroles.

Radio. Pas d’interviews d’écrivains sans casser du verre.

Et sans se demander comment un bout de verre peut éclater en tant de morceaux.

Ce n’est que l’interview faite, souvent, que mon interlocuteur retrouve, à mes yeux en tout cas, une expression humaine.

Dans le studio, quand le silence se remplit de souffle…

Le studio, un endroit plutôt oppressant, qui manque d’air, par ailleurs, et sent le renfermé.

L’air, quand tout va bien, arrive par la voix, au prix de la parole, lorsqu’elle ne précipite pas l’asphyxie.

La voix ne fait pas que donner de la voix : elle est le rideau du théâtre.