Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 114 sur 209

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Cent quarante signes

Lundi 5 novembre

Ce château au loin, le dancing ?

Je sais que ce n’est pas là. Mais si c’était là ? Allons, disons que c’est là.

Repartir. Une fois de plus, il repart, sans certitude d’arriver là-bas, malgré les apparences, avant la fin de la nuit.

Dimanche soir. Quelques solitaires le long de l’océan. Si seulement on pouvait toujours respecter les distances de solitude…

Pas assez de solitude, même seul marcheur sur cette plage, lorsque j’apprends, par SMS, la mort d’Anne-Marie Albiach, ce jour, à 12 h 30.

Tant de choses dans la vie qui signifient la mort et soudain, une mort, au plus profond du désarroi, débusque de la vie.

C’est notre fureur de vivre, c’est-à-dire de lire et écrire, dans ces années d’amitié, qu’une telle disparition, soudain, met à nu.

Anne-Marie, toujours entre douceur et douleur. entre le rire (de l’ordre de la musique) et la violence (de l’ordre de la rage de l’expression).

« Toutes les évidences lui sont mystère », lit-on dans État (1971).

L’évidence absolue de chacune de ses lignes.

Toujours le mot qu’il faut, jamais un mot de trop.

Jamais oubliées les pages de ce livre éclatant, État, par lequel, pour beaucoup, au début des années 70, tout a vraiment commencé.

 

Lundi 5 novembre

 

Rêve. Une jeune fille en robe de bal se blottit contre moi. Je mets du temps à réaliser qu’il s’agit de ma mère.

Ce n’est pas dans le décor d’un amour qu’on s’intéresse à la couleur des volets et des murs.

Aspirer à entrer en un lieu – par exemple une maison aux volets rouges – dont on cherchera ensuite à sortir au plus vite et à tout prix.

Préférer finalement partir avant d’être entré. Je ne verrai pas s’ouvrir les volets rouges.