Cent quarante signes
Vendredi 18 janvier
Il faudra bien un jour ou l’autre que je cesse de rester bouche bée et les bras ballants devant le rideau baissé.
Que je m’affaire dans la pauvreté du devant de scène puisqu’il n’y a pas grand-chose d’autre à espérer.
Et surtout, que je songe à récupérer mon chien. Je ne sais même pas quel est le nom de celui dont j’ai hérité.
Le moins que je puisse dire, c’est qu’il ne m’obéit pas au doigt et à l’œil. Telle maîtresse, tel chien.
Je devrais me risquer à une action d’éclat.
D’ailleurs, j’ignore quelle mouche m’a piqué, mais je ne rêve plus ces temps-ci que d’actions d’éclat.
Facile à dire, difficile à rêver. À vivre, n’en parlons pas.
Samedi 19 janvier
Rêve. Le studio est en haut de l’immeuble. Les fenêtres ouvertes laissent entrer la neige. Nous nous abritons sous des couvertures rouges.
9 h, Malakoff, sous la neige.
Chaque année, surpris par la violence du froid qui enserre la neige.
Toujours le même froid et toujours la même surprise devant les ombres qui se projettent sur la neige.
Personne n’ose sortir son chien, de peur d’être désigné à la vindicte publique.
J’ai beau me tordre le cou, rien à l’horizon, l’avenue est déserte. L’allée d’un cimetière enneigé, agrippé par le froid.
J’ai beau tendre l’oreille, pas une voix ne se détache. Nous sommes dans une chambre froide insonorisée.
Comment vivre une journée perdue d’avance ? Faut-il mettre toutes les données recueillies jusqu’alors sens dessus dessous ?