Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 119 sur 209

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Cent quarante signes

Dimanche 11 novembre

D’un jour à l’autre, faire les cent pas sur un quai de gare où vous n’attendez personne et où personne ne vous attend.

 

Dimanche 11 novembre

 

D’un jour à l’autre, vous pouvez vous en aller, on ne vous retient pas.

 

Froid matinal. Brouillard. On se voit à peine. On met les pieds dans de la boue collante. Il y avait longtemps.

L’hiver est là de nouveau, le nouvel hiver. Je pensais que le précédent n’était pas terminé.

Une vie, quel rien de temps…

Ce n’est qu’un vide, au fond, où il y a du jeu.

Briser une barre de fer avec les mains, faire un triple saut périlleux, parler toutes les langues de la terre, écrire une phrase qui tienne debout…

11 h, marché. La marchande de légumes fait allusion à notre rendez-vous manqué, sans la moindre démonstration d’émotion.

Trop de topinambours à arracher.

« Je suis une faible femme », se lamente-t-elle, en soulevant une caisse de pommes de terre.

Et moi, toujours là, dans la queue, à guetter un signe, interpréter un mot ou un silence.

Je me demande si elle n’a pas quelqu’un.

Enfin mon tour. Je la regarde droit dans les yeux et quand elle me demande ce que je veux, je lui réponds que je ne veux rien.

11 h 20. Je préfère me passer de rillettes que de me farcir la tête de cochon du charcutier.