Cent quarante signes
Samedi 21 juillet
Quand j’arrive quelque part, j’ai toujours l’impression d’entrer dans un théâtre où il n’y aurait plus de places libres.
Mon rôle, c’est d’être ici. Ensuite, on verra.
C’est par le regard du théâtre qu’on s’approche souvent au plus près de ce qui est dans la folie de l’éloignement.
Et pourtant, le théâtre a toujours l’air de chausser des bottes de sept lieues pour interroger le présent.
Dans la salle, des fauves aux aguets. Si le spectacle ne les rassasie pas, ils sont prêts à se jeter sur les acteurs.
Ces représentations dont on se relève comme un convalescent.
Théâtre. La salle serait tapissée d’oignons bien ouverts pour permettre au spectateurs de pleurer en abandonnant toute pudeur.
Actualité. Toutes ces figures du passé qui ne pensent qu’à leur avenir.
J’ai une tendresse particulière pour les bavards qui n’ont pas un mot sur les lèvres.
Pas trop de tendresse, en revanche, pour mes contemporains en général et les misanthropes en particulier.
Roman. Un homme et une femme se parlent à l’envers, convaincus de se parler à l’endroit.
Écrire un poème si acéré qu’il déchirerait la chair du lecteur.
Je demande à la nuit de me laisser une chance de sortir de la terreur que m’inspire le jour.
Dimanche 22 juillet
Un metteur en scène est un prince qui nous convie à sa table.
L’impatience des metteurs en scène de se confronter au présent, considéré comme le seul réel, alors qu’il n’est la plupart du temps qu’un non-lieu.
Toute la question est de savoir si le théâtre doit nous faire rêver ou nous réveiller de notre sommeil de chaque jour.