Cent quarante signes
Jeudi 10 janvier
Autre coup de théâtre : elle m’adresse furtivement la parole : « Jamais deux sans trois », me dit-elle. Comprenne qui pourra.
J’ai gagné ma journée : j’aurai au moins échappé au sempiternel « Bonne journée ».
La jeune femme au chien : il y a des êtres qui n’ont pas de place réelle dans notre vie, tout en étant là, et même bien là, quelquefois.
16 h, Radio. Trop tard pour s’enfuir. Vite, prendre position sous le feu de la lumière rouge.
Avec le temps, apprendre à tenir dans des conditions extrêmes sans avoir à sortir à tout bout de champ son manuel de survie dans le chaos.
Tendre l’oreille, le plus souvent possible. S’occuper du son plutôt que des paroles.
Avec le temps, ne plus faire la part des sons.
Avec le temps, avoir de moins en moins de souvenirs acoustiques.
Avec le temps, prendre en grippe le retour de sa voix. Vivre les poings sur les oreilles en ne parlant plus que d’une voix à peine audible.
Quand j’arrêterai la radio, j’essaierai de ralentir à la main la fonte de la banquise polaire.
Jeudi 10 janvier
L’enfant dont on remarque l’absence ce jour-là, puis le lendemain, puis les jours suivants.
Vendredi 11 janvier