Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 87 sur 209

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Cent quarante signes

Mercredi 3 octobre

Rêve. « Je ne répondrai à aucune de vos questions », prévient mon invité en s’asseyant devant le micro.

Écrire presque toujours la même chose et laisser les mots, de phrase en phrase, vous libérer peu à peu du motif.

Ce qui me fait vraiment de la peine, ce sont les poètes que je vois bavarder dans les cocktails, le front couronné de fleurs.

12 h 25, place Colette. Une petite dame très maquillée, pas belle, me dit en passant qu’elle me trouve beau.

12 h 30, rue de Montpensier. Je me casse le nez. Plus de marchand d’armes dans cette rue, à l’ombre du Conseil constitutionnel.

15 h 30. Soutine à l’Orangerie. Rouge éclatant et bleu nuit ; comme si l’un n’allait pas sans l’autre.

19 h, Gaîté. Un homme au téléphone : « Cette fois, je n’aurai pas une minute ; mais, si vous repassez par Paris, n’hésitez pas à m’appeler. »

19 h 15, Varenne. Un bar. L’homme aux bras croisés à sa voisine : « On ne fait jamais les choses pour soi, vous le savez, même quand on est seul. »

Garder la parole (à la radio, par exemple) comme on garde une porte : en veillant à ce que rien, surtout, ne puisse passer.

À la radio, les silencieux ne font pas assez parler d’eux.

Sur les ondes, la nuit déjà bien installée, être le crapaud enchanté du lac.

 

Mercredi 3 octobre

 

Rêve. Les emplacements de parking sont faits de peintures empruntées aux réserves du Louvre. Comment se garer sans cacher un chef-d’œuvre ?

Ce qui me fait vraiment de la peine, ce sont les poètes dont les poèmes ont la jolie qualité des vers anciens.

 

D’un jour à l’autre, voir le panneau À VENDRE sur la maison où vous avez vécu les plus belles années de votre vie.