Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 5 sur 209

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Cent quarante signes

Mai

 

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Mardi 1 mai er

 

Ce qui manque le plus, paraît-il, c’est le lien. Paradoxe de Twitter à cet égard, qui joue à la fois sur la connexion et la pulvérisation.

Les auteurs à succès, consensuels, ont l’art de faire croire à leurs lecteurs qu’ils sont (eux, les lecteurs) les auteurs des livres.

Le consensus comme distributeur de légitimité.

Paul Claudel, que je ne cite pas tous les jours (au moins pour le moment) parle d’une « littérature de la banquette arrière ».

Une littérature qui ne risque pas d’occuper la place du mort.

19 h, rue Delambre. Saisie au vol, cette phrase : « C’est le but de ma vie. » Rêve : avoir une réponse à la question : Quel est le but de votre vie ?

Quel est le but de votre vie ? Réponse en 140 signes.

 

Mercredi 2 mai

 

Rêve. Elle amuse la galerie avec le balancement de ses boucles d’oreille.

Objets perdus : 83 tragédies d’Eschyle, 116 de Sophocle, 73 d’Euripide, les 2 bras de la Vénus de Milo et mon agenda 2012. Forte récompense.

Jour après jour, je vis avec des livres dans l’actualité. Je leur préfère quand même ceux qui sont dans la vie.

16 h 30, dans le bus 72. Milena sur la banquette, à côté de moi. Je n’arrive pas à voir si elle lit un livre de Kafka.

16 h 35. Milena ne lit pas Kafka. Je ne l’épouserai pas.

16 h 40, toujours dans le bus. J’aurai fait un bon tour : passer de la rue Madame à la rue Mademoiselle. C’est mieux que dans l’autre sens.

17 h. À la radio, atmosphère plus électrique que magnétique. Je ne ris plus. Le rouge s’allume.

19 h 30, radio encore. C’est énorme, ce que j’entends. Plus je l’entends, plus je me fais petit.