Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 196 sur 209

Pages du PDF

Cent quarante signes

Mardi 12 février, mercredi 13 février

Une chance au moment où le théâtre est chez moi une sorte de maladie qui ne cesse de gagner du terrain sur la « réalité ».

Regardez-le, écoutez-le…

Qu’est-ce qu’il ne faut pas imaginer pour ne pas perdre pied…

Aucun des personnages auxquels je me lie ne peut prétendre à l’amour : leurs pieds, à eux, ne touchent même pas le sol.

Ce sont des ombres qu’on voit filer comme des poissons dans la rivière.

Leur rôle : rendre réelle l’illusion dans laquelle je vis, montrer le trop-plein de vide qui me tient lieu de monde.

Quand ils ne sont pas simplement les indicateurs de ma résistance au désarroi.

De ce point de vue, je reste sans concurrence sur le terrain des productions à petit budget.

Le destin de mes personnages est d’être sans destination.

Pourtant, bien que je finisse à peu près toujours par les abandonner en chemin, il y en a toujours un qui surgit pour prendre la relève.

On dirait qu’ils s’entendent comme larrons en foire pour retarder l’heure de vérité.

Une fois encore, je vais trop vite.

Peut-être ne sont-ils pas différents des fenêtres de la maison, d’où j’observe les autres et le monde, ce matin comme les autres jours.

Pareil à un fantôme.

Roman. S’il ouvre la bouche, c’est pour reprendre la question du silence. Mais plus personne ne l’écoute. On lui intime l’ordre de se taire.

 

Mardi 12 février, mercredi 13 février

 

Comme un enfant, n’être pas à deux jours près.

 

Jeudi 14 février