Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 69 sur 209

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Cent quarante signes

Lundi 10 septembre

Rêve. On a cassé les vitres de ma voiture et volé la cargaison d’artichauts que je transportais.

9 h. Enveloppé par des nuées d’oiseaux sur le sentier du littoral. L’un d’eux me demande si je ne suis pas M. Hitchcock.

Midi. Quitter l’océan sans avoir aperçu la queue d’une sirène !

18 h. Sur l’autoroute du retour, perdu dans mes pensées, je crois être klaxonné par un automobiliste impatient. C’est le rire d’une cantatrice à la radio.

 

Lundi 10 septembre

 

Rêve. Les autorités de ce pays ne me rendront mon passeport que lorsque j’aurai reconnu avoir jonché les plages d’éclats de verre.

Rêve. Pour qu’il soit habitable, je rénove chaque été une maison de ce village qui en compte des milliers. Regrets de ne pas avoir commencé plus tôt.

Nouveau jour. Enfin savoir de quoi demain est fait. Je parle, évidemment, du demain d’hier.

Commencer par s’assurer, lorsqu’on a la chance de se réveiller, que les règles du jeu n’ont pas été changées.

J’hésite à mettre le nez dehors, car personne ne m’a consulté sur la couleur du ciel.

Midi. En promenant le chien, je me dis crûment des choses qui me déchirent trop pour que je les écrive.

13 h, rue d’Alésia. Un jeune homme à son compagnon : « Si tu ne sais pas ça, tu vas avoir une vieille mort, tu vois… »

Je ne dis plus rien pour ne plus avoir à dire ce que j’ai voulu dire.

Sans y mettre de mauvaise volonté, chaque fois que je suis interrogé, je n’arrive pas à expliquer qu’il n’y a rien à expliquer.

Je n’arrive pas à expliquer ce que j’ai voulu dire et que j’ai même essayé de dire, à vrai dire sans jamais y parvenir.