Cent quarante signes
Lundi 27 août
Et si l’histoire du manuscrit trouvé dans une malle pouvait se vérifier avec cette rentrée littéraire ?
À force de tourner autour, j’amenuise les chances de l’effet de surprise.
Déjà, le vacarme des rumeurs prive de l’excitation de la découverte.
Alors, laisser de côté les livres dont tout le monde parle et se donner la mission impossible de ne pas se perdre parmi les inconnus.
Tous les récits de mort me tuent.
« Je vais vous apprendre à vivre », criait le fossoyeur à notre petite bande d’enfants de la campagne.
11 h 30, Malakoff, rue Voltaire. Le rouge à lèvres sur le mégot encore fumant illumine le trottoir.
L’heure viendra où pour l’homme, la terre ne sera plus qu’un pied-à-terre.
Il ne me restait plus que quelques pas à faire dans un passé éblouissant.
À chaque heure de chaque jour qui passe, je fais mon possible pour échapper au passé.
Ce tweet, pour moi, quand vous le lirez, ce sera déjà du passé.
« Le moment où je parle est déjà loin de moi », écrivait Boileau.
Autour d’ici, le paysage brille, presque écarlate.
Les lèvres doucement ouvertes.
Une Vierge de Bellini tombée d’une pile de livres sur une étagère de ma bibliothèque. Pas impossible qu’elle se soit prise pour un oiseau.
Une Vierge ne peut pas vous abandonner, vous laisser vous battre et vous débattre, seul contre l’adversité.
Déchirée, foulée aux pieds, elle joue son rôle, rayonne d’éclat dans sa fragilité même.
Lundi 27 août
Plus trace de l’orage de la nuit. Il s’est envolé avec le paysage dans lequel, hier au soir, j’avais refait ma vie.