Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 41 sur 209

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Cent quarante signes

Vendredi 13 juillet

Le festival : un grenier suffocant où des artistes s’emploient à repousser la poussière du temps.

Après deux jours dans le grenier, on ne rêve que de prendre ses jambes à son cou et de courir vers un lieu paisible, n’importe où dans le monde.

Ces spectacles grâce auxquels on vit en bons voisins, chacun chez soi.

Ces spectacles qui, en deux heures, donnent une expérience de la réalité plus grande que celle due à des années de vie.

C’était ici, dans ce même lieu, et pourtant ce n’est pas la même chose.

C’est ici, c’est exactement la même chose et pourtant il manque quelque chose.

C’était dans une autre vie, très loin d’ici, et pourtant, c’est là où je suis, en chair et en os, à l’heure présente.

 

Vendredi 13 juillet

 

Il y a bien au moins un spectacle d’Avignon qui réapprend chaque année à voir le jour se lever.

Tous les autres spectacles aident à attendre la nuit, ce qui n’est déjà pas si mal.

Avignon, c’est Avignon et, en même temps, partout ailleurs.

Le plus fort : donner le plus avec le moins. Quelques chaises de Simon McBurney à la cour d’Honneur lancent la cavalerie.

En général, on veut tellement nous en mettre plein la vue qu’on ressort des représentations la tête vide.

Le off : des centaines de spectacles et une chance sur des centaines que quelque chose vraiment se passe.

Il y a tous ces spectacles qu’on dit aimer, haut et fort, comme on s’imagine aimer quand on n’a jamais aimé personne.

Les acteurs travaillent notre absence à nous-mêmes. C’est ce qu’on appelle la présence.

Au début, l’acteur est comme un vêtement accroché à un porte-manteau ; tout son art consiste à ajouter une présence humaine.