Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 164 sur 209

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Cent quarante signes

Samedi 29 décembre

« Nous ne manquons pas de courage, murmure-t-elle, tout près de mon visage. Sortir son chien avec un tel vent ! »

Et elle passe lentement sa langue sur ses lèvres.

 

Samedi 29 décembre

 

Rêve. Dans le train qui s’éloigne de notre destination, je n’arrive pas à sauver toute cette famille.

Rêve. Chez Ikéa, je choisis des meubles pour ma dernière demeure. « Nous n’avons rien en ossements », plaisante la vendeuse. Ça ne m’amuse pas.

9 h, Loix-en-Ré. Impossible de faire un pas dehors sans rencontrer la promeneuse rétaise, toujours avec son chien.

« Dommage, me dit-elle, de ne se voir qu’en coup de vent. Ce vent, repoussons-le, une fois pour toutes, de nos mains. »

« Je vous ai reconnu tout de suite, insiste-t-elle, nous avons dîné côte à côte, il y a deux ans, chez le baron Seillière. »

« Ne me regardez pas, m’ordonne-t-elle un peu plus tard, je suis ébouriffée comme un éboueur. »

Midi. C’est aujourd’hui le grand concours de soupe. « La soupe populaire », plaisante la promeneuse rétaise.

 

Dimanche 30 décembre

 

Rêve. À la suite d’une erreur de la réception, un dortoir nous est réservé pour notre lune de miel à Venise. Nous sommes 14. En 7 lits de 2 personnes.

9 h, Loix-en-Ré. « On rêve, s’exclame la promeneuse rétaise. Ils ne sont même pas fichus de vendre des couteaux à huîtres chez Hermès ! »

Accélérer le pas, rouler, filer vers le continent, vers une ville sans ciel où les promeneuses de chiens ne parlent pas.