Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 104 sur 209

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Cent quarante signes

Mardi 23 octobre

Dans ce village jamais quitté, Seyni a créé des milliers de personnages en terre cuite, tous plus ou moins monstrueux.

Ma radio, ici, c’est le croisement des rues de Tournon et Saint-Sulpice.

Grâce à Dieu, un feu tricolore et le passage de plusieurs lignes de bus m’apportent une animation sans laquelle je me sentirais abandonné.

Je ne le regrette pas, moi qui ai l’oreille tatillonne quand il s’agit d’entendre ce qu’il faut véritablement entendre.

 

Mardi 23 octobre

 

Rêve. Je franchis en hâte la passerelle du paquebot. Je suis le dernier admis. Ceux que j’aime restent sur le quai. Impossible de redescendre.

Rêve. Pleine à craquer autrefois, la bibliothèque est vide aujourd’hui. Une catastrophe ? « Non, l’avenir. »

Au petit matin, l’image de ma mère se préparant pour le théâtre, rayonnante de plaisir.

Midi, Malakoff, rue Eugène-Verlin, un homme obèse : « Ça y est, j’ai la grosse tête. »

13 h, Luxembourg. Deux étudiants dialoguent. « À un moment, je ne t’écoutais pas, et c’est là que je t’ai entendu », dit l’un. L’autre reste silencieux.

14 h, rue de Tournon. Lecture d’André du Bouchet. Quand les mots restituent aux choses leur splendeur.

Désir d’écrire stimulé par la lecture. Mais souvent, lire André du Bouchet est une raison de ne pas écrire. Il l’a fait.

Dès que je griffonne quelque chose, le froid, la faim, la peur – que je n’ai pourtant pas connus – sont de la partie.

18 h. Personne ne descend à l’arrêt « Rue du Départ » du 58.

18 h 03, gare Montparnasse. Monter dans un train qui vous conduirait vers votre véritable destination.

18 h 07, Gaîté. Toujours pas, même en bus.