Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 193 sur 209

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Cent quarante signes

Vendredi 8 février

Édouard Gerber

 

Mort à Madrid en 1937

pour la défense de la République espagnole

 

Lucien Gerber

Résistant

Mort en déportation en 1945

 

Vendredi 8 février

 

Jours de mémoire sans vigilance. Un mot est un mot, sans plus. Tout manque. Tenir une phrase est un tour de force.

Le malheur commence quand les mots ne se suffisent pas à eux-mêmes.

Je ne suis plus qu’un pantin désarticulé par la perte de la clarté.

Le rideau tombe lentement mais sûrement. C’est une question de jours, peut-être d’heures. De toute façon, le voile ne sera pas levé.

J’aurais dû tout fixer au moment voulu.

Mais depuis la première ligne, je n’ai rien fixé. Je ne fixe jamais rien pour ne pas perdre la fleur.

 

Samedi 9 février

 

Rêve. Je marche sur une planche de 20 cm de large. Je réalise soudain, tout en continuant à marcher, que je me suis endormi.

Un jour, dans ce cours Victor-Hugo où je devais être en 9 , l’une de nos e camarades, Nadine, tomba gravement malade.

Sa mort nous fut annoncée peu de temps après.

C’était la première fois que j’apprenais la mort d’un enfant de mon âge, avec qui, un temps, j’avais vécu.