Cent quarante signes
Février
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Vendredi 1 février er
Rêve. À l’entrée du pont, une garde n’autorise le passage qu’aux automobilistes munis d’un exemplaire des œuvres du marquis de Sade.
Suite du rêve. Derrière nous, Philippe Sollers est refoulé.
9 h, Malakoff. Les jeunes filles ont le feu aux joues dès qu’apparaît le jeune homme blond aux cheveux courts et au regard sévère.
Suis-je encore sur le fil ? Je me demande parfois si je ne suis pas encore dans un rêve.
Je vois bien pourtant le bus arriver, les jeunes filles y monter pour ensuite disparaître.
Bien réelle est la sensation d’un vide lorsqu’elles disparaissent.
Les personnes qui leur succèdent ont beau être là, dans l’attente du bus suivant, elles laissent la place vide.
Je retourne cette absence dans ma tête.
Au fond, tous mes personnages ne sont là que pour me tourner vers des absences à venir ; je ne fais qu’acharner des leurres.
Aucun n’est jamais revenu droit sur le poing.
Gaîté. Il ne manquait plus que ça. Heureusement, ce n’est qu’une station sur une ligne et dans la mesure du possible, je ne descends pas, je vais plus loin.
Samedi 2 février
Bribes d’un rêve.
Monter dans le wagon, l’enfant dans les bras. Tout faire pour le cacher.
Quelqu’un peut être sauvé. L’un de nous deux. Ça ne dépend pas de nous.
La brume nous enveloppe. On ne voit même plus les rails qui nous éloignent du monde des vivants.