Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 59 sur 209

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Cent quarante signes

Mardi 28 août

Question pour bien commencer la journée : qu’est-ce qu’on peut faire quand il n’y a plus rien à faire ?

10 h, à l’arrêt du 58. Attendent le bus une vieille dame en blanc et un homme à casquette, un « gratuit » sous le bras. Cela ne présage rien de bon.

10 h 05. « Pour les vacances, confie la dame en blanc, j’ai pris l’ascenseur et je suis montée au 4 étage. » e

10 h 07. « Tout ce qui n’est pas noir est jaune », assure l’homme à caquette.

10 h 10. Alésia-Didot. À cet arrêt, parmi les gens qui montent dans le bus, j’imagine chaque fois Giacometti.

10 h 15, Vavin. « Je ne sais pas… Je ne sais pas… » répète au téléphone une jeune femme harcelée de questions, mais qui n’est pas sans répondant.

Interviewé : devoir parler l’hameçon dans la langue.

Confidence. Au fond, je me mets toujours à la place d’un acteur du muet qui serait censé répondre à une interview sur l’usage de la parole.

 

Mardi 28 août

 

Jour après jour, ici comme ailleurs, je joue mon avenir avec ce qui me tombe sous la main.

D’un jour à l’autre, il n’est presque plus possible d’annoncer : ou bien, ou bien…

Programme des jours à venir : train-train ou ronron. À moins que.

Sauver quelque chose de cette vie abandonnée par la vie. Par exemple, le cœur violet de l’iris.

13 h. Comme La Tour d’argent est fermée, j’opte pour la cantine de la Radio. Là, au moins, on peut mâcher la tête haute.

17 h 30, rue Bonaparte. Un copain de lycée, pas vu depuis plus d’un demi-siècle. Vrai petit vieux. « Qu’est-ce que tu deviens ? » « Tu vois… »

18 h, carrefour Croix-Rouge. Le serveur derrière le bar : « Ça va aller ? » L’homme au regard perdu répond par un sourire.