Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 77 sur 209

Pages du PDF

Cent quarante signes

Jeudi 20 septembre

 

Rêve. À la question : « Vous lisez ? », je réponds : « Je suis en grève générale et illimitée. »

Rêve. Un gros homme en transpiration force ma porte : « Je suis venu vous remettre le grand prix de poésie. »

11 h 45, du côté de Vanves. La lecture de certains romans m’inspire sans doute les mêmes pensées que pour les corbeaux cette pelouse ratissée de près.

Midi. Sans blasphémer, j’avais l’impression que cet homme tenait un chapelet dans la main. Ce n’était que le fil de l’écouteur de son iPod.

14 h, Radio. Le ton monte entre la voix et le silence dans la chambre d’écho.

Quand j’arrêterai la radio, j’essaierai de traduire en contes de fées tous mes cauchemars.

 

D’un jour à l’autre, rouiller dans un grenier parmi les choses délaissées.

D’un jour à l’autre, se dire en fermant les yeux : tout ça, c’était pour rire.

D’un jour à l’autre, oublier le début des histoires, à commencer par la sienne.

D’un jour à l’autre, éviter par tous les moyens d’apercevoir son visage dans une glace.

D’un jour à l’autre, ne plus croire que les parallèles pourraient se rejoindre si les poètes faisaient leur travail.

D’un jour à l’autre, n’importe quelle décoration ne décore plus rien.

 

Si je n’arrive à rien dans les jours qui viennent, j’aurai passé ma vie en prison pour rien.