Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 86 sur 209

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Cent quarante signes

Octobre

 

 

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Lundi 1 octobre er

 

0 h 30. Ne pas dormir, de peur de ne pas rêver.

Rêve. Un personnage mythologique, de sexe indéterminé, vient chaque jour d’un pays inconnu pour, me dit-il, « caresser votre cicatrice ».

Rêve. Je me retrouve enseveli sous une énorme masse de temps morts.

Avec les restes des temps morts, se donner un avenir.

10 h 15, Duroc. Jésus portait sa croix. Un prêtre, sur le quai du métro, tire sa valise à roulettes.

10 h 30, Mabillon. Une dame : « Vous savez, je ne sais pas. »

19 h 40, Plaisance. « Rassure-toi, murmure-t-elle au téléphone, la main devant la bouche, on embellit dans l’amour. »

19 h 47, Malakoff. Deux amoureux bras dessus bras dessous. « Un type qui sait tout, un religieux, m’a prévenu, dit le garçon. Tout ça n’est qu’un jeu. »

20 h, devant la Divette de Malakoff. Un homme : « La bestialité m’a repris… »

22 h. Dans les murs de béton de ce temps sans promesses, je pense à Proust.

La recherche du temps perdu lui a fait finalement gagner du temps jusqu’à la fin des temps. Bien joué.

L’emploi du temps : 8 h, il lit ; 10 h, il lit ; 12 h, il lit ; 14 h, il lit ; 16 h, il lit ; 18 h, il lit ; 20 h, il lit ; 22 h, il lit ; 24 h, au lit.

TA, TA, TA, TA ! Je n’avais pas invité l’homme de pierre à dîner, et il est venu…

 

Mardi 2 octobre

 

Rêve. Je fais la voix qui annonce que les trains ne partiront pas à l’heure.