Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 63 sur 209

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Cent quarante signes

Septembre

 

 

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Samedi 1 septembre er

 

Rêve. Les livres étaient enfouis sous terre avec les enfants morts en bas âge.

Rêve. Hantise que soient découverts les livres cachés sous mon oreiller. S’ils l’étaient, la vie me serait enlevée.

Au réveil, quand le rideau se baisse sur mes démons, je dois retrouver mes esprits.

Se réveiller, halluciné, au milieu de tous les livres qu’on n’a pas lus.

Seul, entre quatre murs de livres, je ne sais plus où donner de la tête. À chaque instant, une nouvelle vie commence.

12 h 45, Malakoff. Quand l’aveugle entre dans son magasin, la boulangère parle plus fort.

13 h. Toujours de l’attente chez le boucher. Gagner du temps en vivant à la campagne avec une vache, un porc, un mouton et quelques poules.

14 h. Pour vaquer tranquillement à ses polissonneries, le chien m’indique le banc sur lequel m’asseoir en l’attendant.

Le chien n’aime que les jeux de garçons. Surtout le foot et le skate. Je redoute le moment où il voudra un scooter.

S’arrêter sur des détails infimes pour essayer d’avancer.

Faire de l’art : le meilleur moyen de ne pas avancer.

Mots en route vers la gorge, prêts à affronter la violence des courants, à la vitesse de l’effroi, pour se laisser prendre dans mon rêve.

Il y a 73 ans, le 1 septembre 1939, l’Allemagne envahissait la Pologne. er

 

Dimanche 2 septembre

 

Rêve. J’explique à un ami que ma mélancolie est due au fait que je dors dans un lit en équilibre instable sur des piles de livres.