Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 71 sur 209

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Cent quarante signes

Mercredi 12 septembre

 

Mettre en relief un monde uniformément plat.

16 h, Pernety. Jeune fille. Je regardais ses mains en pensant qu’elle devait en tirer de splendides musiques. Tout le trajet à l’écoute de ses mains.

16 h 25, Duroc. Dans la serviette que balance en marchant le vieux monsieur bossu, j’imagine des liasses de poèmes.

On n’est jamais aussi motivé que lorsqu’on détient une serviette pleine de liasses. Pas de plus sûr trésor.

Je pense à la malle d’Henri Thomas, dont un livre, justement, s’intitule La chasse aux trésors.

Je l’apercevais de ma fenêtre de la rue Paul-Fort, cette malle.

Elle était bourrée de liasses, dans lesquelles il puisait, raconte-t-on, en tant que de besoin.

Se laisser enjôler par une voix comme si elle allait livrer son secret.

On est toujours prêts à écouter les charlatans qui proposent leurs produits miracles.

Et si je faisais imprimer escroc au lieu d’intervieweur sur ma carte de visite ?

17 h, Radio. Je me demande toujours en entrant si je ne me retrouverai pas avec les deux lèvres fendues en sortant.

Il est certainement possible de parler à quelqu’un sans endosser une armure.

Mais ça n’est pas de ça qu’il s’agit. Les coups, seul l’intervieweur se les donne. C’est pour ça qu’ils font mal.

Et les émissions peuvent revenir tous les soirs, chaque soir, c’est le début. Sortir du silence. Risquer les quatre cents coups.

 

Jeudi 13 septembre