Cent quarante signes
Mardi 7 août
Le soir, au restaurant, les enfants restent silencieux, la tête lourde des sujets dont on ne parle pas à table.
Dans mon insomnie de la nuit, je me demande si, en sautant du coq à l’âne, il me sera un jour possible de devenir celui que je suis.
Mardi 7 août
Et si nous ne devions plus revenir, si nous descendions la route en lacet pour ne plus jamais la remonter ?
D’un jour à l’autre, quoi qu’on fasse, on craint que ce soit la dernière fois.
Même ce qu’on fait pour la première fois, on se demande si ça n’est pas aussi la dernière fois.
Sur la route de Locarno, cette enseigne : CARROZZERIA DELLA MORTE.
Et si la mort pouvait n’être qu’un froissement de tôle…
La beauté, sans signal d’alerte, surgit sur la route : la chapelle de Zumthor à Sumvitg.
Mercredi 8 août
Locarno. Depuis que j’ai quitté les Grisons, dès que je croise plus d’une personne, je deviens misanthrope.
En moins d’une semaine, j’ai oublié qu’il y a des rues dans les villes et des magasins dans les rues.
Et si j’allais me requinquer la carcasse à la CARROZZERIA DELLA MORTE ?
À Locarno, c’est au cinéma qu’il faut se confier. Pour voir. À ciel ouvert, au besoin.
Un cinéma qui offre, comme l’écrit Brisseau, de « retrouver une certaine forme d’émotion avec très peu de moyens ».
Sur Twitter, nous ferions donc du cinéma comme M. Jourdain, etc., etc. ?