Cent quarante signes

Alain Veinstein · Chapitre 146 sur 209

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Cent quarante signes

Dimanche 9 décembre

Roman noir. Un homme s’est pendu, tôt ce matin, par désespoir d’arriver à réduire son testament à 140 signes.

 

Dimanche 9 décembre

 

Rêve. Dans le salon, nous avons tous une bougie à la main. Ma mère s’empresse de les souffler pour que nous ne soyons pas repérés.

Rêve. Un homme me parle. Je l’écoute. Plus je l’écoute, plus je me sens seul.

La première fois qu’on s’avance avec celle qu’on aime sur une piste de danse.

La première fois qu’on s’avance avec celle qu’on aime sur une piste de danse, frappé soudain par l’évidence qu’on ne l’aime plus.

Ce que l’on peut vraiment dire, on ne peut le dire qu’une fois.

« Je t’aime », on ne peut le dire qu’une fois.

Je t’aime.

Je t’aime.

La fin de l’amour commence dès que « je t’aime » franchit les lèvres pour la seconde fois. C’est le commencement de la fin.

Je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aim

Je t’aime en 140 signes mène à un amour tronqué. L’amour nage dans les 140 signes. Le boulevard mène tout droit à une impasse.

Pourtant, la tentation est grande de dire « Je t’aime ». Aussi grande que, pour la guêpe, de piquer.

Ce qui l’aiguillonne, la guêpe, d’ailleurs, c’est peut-être qu’elle n’a même pas l’occasion de s’en repentir par la suite.

La bienheureuse malheureuse.